Viticulture. Tous les process du domaine de Villeneuve-lès-Maguelone sont adossés au numérique.

Le 18 octobre 2017 – « Le consommateur n’en sera jamais conscient qui appréciera ce vin, en 2018, tout comme il goûta cet été ce Caladoc, à la robe soutenue. Pourtant, sa bouteille n’aura pas la même histoire. Syrah, certes, mais plantée dans un autre sol et une autre parcelle du Chapitre, dont le directeur destinait le raisin à une cuvée en rouge avant de réorienter sa récolte sur ce rosé, via les nouvelles technologies.
À Villeneuve-les-Maguelone, les vignerons de l’évêque parlent de satellites, de géolocalisation, d’analyse spectrométrique ou de capteurs embarqués. Les cuves mesurent les dégagements de CO2 pour piloter les fermentations, les quads cartographient l’épandage des produits phytosanitaires au centilitre et au centimètre près, des automates caractérisent la maturité des raisins pour mieux décider le jour de leur vendange. Et ce ne sont là que des exemples du Mas numérique, projet animé par Montpellier SupAgro qui n’a, assure l’école, d’équivalent connu en viticulture.

SupAgro coordonne
Depuis un an, le Chapitre a intégré, tout au long des process de production, des technologies portées par quatorze entreprises et qui sont autant d’aides à ses décisions. Quatorze outils, « tous commercialisés, adaptés, éprouvés », indique Christophe Clipet, le directeur du domaine, que les porteurs du projet sont allés chercher « en région. Auprès du réseau des partenaires et anciens élèves de SupAgro », continue Thomas Crestey, le responsable du Mas numérique, ingénieur de recherche à l’école d’agronomie. Quatorze savoir-faire, bien plus que les « deux ou trois solutions » que nombre d’exploitations viticoles mettent en oeuvre, assez classiquement, observe Nicolas Bernard. Le patron de Vivelys, implantée dans l’hôtel de start-up du Chapitre, est un des hommes à l’origine de l’aventure, aux côtés de Smag, PME héraultaise et éditrice d’Agreo, logiciel de pilotage des exploitations agri-viticoles. « On fait nos innovations chacun un  peu de notre côté. Avec le Mas numérique, il s’agit de les croiser et créer une sorte d’intelligence collective », justifie Didier Robert, directeur adjoint de Smag. « Ç’avait un sens énorme, enchérit Karine Herrewyn, directrice marketing de Vivelys : La maîtrise des process, c’est la maîtrise de la qualité, au bout, pour le consommateur. »

Sollicité par les deux acteurs en 2014, SupAgro a proposé de faire de son domaine villeneuvois le support de l’exercice, réuni un budget de quelque 740 000 € sur trois années et convaincu les douze autres partenaires techniques, dont les outils, complémentaires, déroulent l’intégralité d’une année dans la vigne. Une évidence, dit Thomas Crestey : « Dans un environnement qui évolue très vite, la question des technologies nouvelles est un très gros enjeu. Quels sont les sujets qu’on aborde avec les étudiants, comment tenir nos enseignements à la page ? On a au Chapitre un démonstrateur fantastique, désormais. »

Technos collaboratives
Avec Smag, Vivelys, Pellenc, ITK, Agriscope, Bayer, Terra-NIS, l’ICV et l’IFV, Cap2020, Geocarta, Sika, Axe environnement et Force A, les agents du domaine travaillent deux axes, « la qualité du vignoble et celle du raisin », décrit Christophe Clipet. À travers des modèles de stress hydrique, de suivi de maladies, des logiciels de décision d’intervention et de dosage des produits phytosanitaires, la traçabilité des intrants à la parcelle, la cartographie des sols, l’aide à la décision de la date de vendange, le contrôle des pressurage et vinification.
« Nous prenons toujours les décisions, analyse Christophe Clipet, mais on s’appuie sur des éléments validés qui confortent notre raisonnement. Pour 2017, millésime très particulier, on a disposé d’informations qui nous ont évité quelques erreurs. » »

Source : Midi Libre / OLLIVIER LE NY / oleny@midilibre.com