5/03/2018 - Edition Carcassone - C’est presque « le plus ancien métier du monde ». Tous les ans, depuis que les Romains ont planté de la vigne dans nos plaines et vallons, des centaines de saisonniers s’activent dans les rangs de vignes pour relancer le cycle immuable de la vigne et du vin. La taille de la vigne, c’est un même geste répété 20 000 à 25 000 fois sur un hectare : une activité ingrate, qui laisse des traces (tendinites et troubles musculo-squelettiques, coupures).

Et même s’il s’agit d’une des rares activités manuelles ayant résisté aux révolutions industrielles et numériques, le travail à la vigne a un coût pour l’employeur, qui le mettrait en porte-à-faux par rapport à la concurrence italienne et espagnole. Dans le plus grand vignoble du monde qu’est le Languedoc, des milliers de contrats de saisonniers sont signés pour cette période ce qui a donné l’idée à certains de monter des sociétés spécialisées fournissant la main-d’oeuvre, souvent portugaise.  Mais la main-d’oeuvre se fait rare, se fait désirer, alors certains se tournent vers les pays de l’Est pour tenter de monter des équipes de tailleurs. La mécanisation de la taille est-elle une solution ? Elle devient de plus en plus populaire dans le milieu vigneron produisant hors AOC. Réservée à la prétaille d’hiver qui limite la croissance démesurée de la vigne, la tailleuse mécanique sert désormais à la taille rase. « Taille Rase de Précision (TRP) Pellenc offre jusqu’à 90 % de temps de taille en moins » lit-on dans la brochure du groupe Pellenc installé à Lézignan. La machine taille 1 hectare en une heure, là ou deux humains ont besoin d’une semaine. L’introduction de ce mode de taille modifie sensiblement l’aspect de la vigne, son mode de croissance, et selon les adeptes du « manuel » aussi la qualité du vin. Un groupement de coopératives du Tarn n’a pas voulu se contenter de la taille rase et a lancé -avec un bureau d’étude audois notamment- un programme d’étude de 4 ans pour développer un robot capable de reproduire à l’identique le travail de l’homme à l’aide d’un bras mécanique coupant. Ce robot à un nom : R2T2, évoquant l’univers de la guerre des Étoiles. L’avenir du plus vieux métier du monde se joue maintenant dans le vignoble audois. Entre difficultés croissantes de recruter et rêves de robotisation. La période de la taille s’achève, mais pas les interrogations sur son avenir. Manque de main-d’oeuvre et robotisation redessinent le vignoble. Entre pénurie, coût de la main-d’oeuvre et mécanisation plus ou moins sophistiquée, les vignerons sont tentés de choisir.

Source : L’Indépendant / Nathalie Amen-Vals / 5 mars 2018